L'auto-mesure était longtemps physique
Pas. Calories. Fréquence cardiaque. Phases de sommeil. Le mouvement Quantified Self du début des années 2010 avait un focus clair : corps, performance, chiffres. Ce qu'il a largement laissé de côté : ce qui décide réellement de votre journée - votre humeur, votre élan, votre santé mentale.
Cela change. Le suivi d'humeur, les questionnaires cliniques et l'analyse factorielle amènent enfin l'idée Quantified Self là où elle a le plus de levier : dans votre vie intérieure. Une étude randomisée de Faurholt-Jepsen et al. (2015) a montré pour la première fois systématiquement que l'auto-suivi smartphone dans le trouble bipolaire fournit des données fiables et cliniquement utilisables.
Pourquoi les données mentales sont différentes
Trois différences avec les wearables classiques :
1. Auto-déclaration au lieu de capteur. L'humeur ne se mesure pas comme la fréquence cardiaque. Elle est rapportée. Cela rend les données subjectives, mais pas moins précieuses.
2. Latence. Les effets apparaissent souvent avec des jours de retard. Un mauvais sommeil frappe le surlendemain. L'exercice agit plus à long terme qu'à court terme. Cela demande de la patience à l'analyse.
3. Dépendance au contexte. Un 7 dans votre humeur signifie autre chose qu'un 7 chez moi. Les comparaisons entre personnes sont difficiles, les comparaisons avec vous-même sont précieuses.
Ce qu'il faut suivre au minimum
Le Quantified Self pour l'esprit nécessite moins que vous ne pensez. Quatre points de données suffisent :
- Humeur quotidienne (échelle)
- Durée et qualité du sommeil
- Activité physique (minutes ou oui/non)
- Un à deux facteurs personnels (caféine, alcool, contact social, temps d'écran)
Plus est optionnel. Celui qui démarre avec 30 champs s'arrête vite. Celui qui démarre avec quatre reste et complète après 4 semaines.
La pile Quantified Self minimale
De la collecte à l'utilisation
Le suivi est la moitié du chemin. L'autre moitié est l'analyse.
Réservez 10 minutes une fois par semaine. Regardez votre trajectoire, vos corrélations factorielles, vos 5 meilleurs et 5 pires jours. Posez-vous trois questions :
- Qu'est-ce qui était différent les bons jours ?
- Quel facteur est le moteur le plus fort cette semaine ?
- Quelle hypothèse puis-je tester la semaine prochaine ?
Faites ça hebdomadairement et après 8 semaines vous aurez une compréhension de vous-même que la plupart des gens n'atteignent jamais.
Tester des hypothèses, pas seulement collecter
L'idée Quantified Self dans sa forme la plus belle n'est pas « tout mesurer », mais expérimenter délibérément.
Exemple : vous soupçonnez que la caféine après 14h perturbe votre sommeil. Test : une semaine de caféine seulement le matin, une semaine normale. Comparez qualité du sommeil et humeur.
Exemple : vous soupçonnez que les réseaux sociaux le soir font basculer votre humeur. Test : une semaine sans réseaux sociaux après 20h, une semaine normale. Comparez.
Ces micro-expériences sont l'outil véritable. Vous transformez votre intuition en réponse.
Les cinq pièges
Piège 1 : Données comme but en soi. Collecter sans utiliser. N'a pas de valeur. Les chiffres comptent quand vous changez quelque chose.
Piège 2 : Hyperfocalisation sur les chiffres. Celui qui mesure 5 fois par jour vit dans les données plutôt que dans la vie. Une fois par jour suffit.
Piège 3 : Corrélation comme causalité. Deux valeurs qui oscillent ensemble n'ont pas forcément de lien. Vérifiez la plausibilité, puis agissez.
Piège 4 : Pression d'optimisation. « Aujourd'hui mon humeur n'était que 6, je dois être meilleur demain. » C'est de l'optimisation contre une personne, pas pour elle. Observez les données, ne jugez pas.
Piège 5 : Ignorer la confidentialité. Les données mentales sont sensibles. Un fournisseur d'app qui vend des données est le mauvais choix pour ce sujet. Le stockage local est obligatoire.
La confidentialité n'est pas optionnelle
Avant le hype Quantified Self, beaucoup de gens se souciaient de leurs pas. L'humeur est d'un autre ordre de sensibilité.
Votre humeur, votre médication, vos valeurs PHQ-9 sont des informations qui n'ont leur place dans aucune base de données publicitaire. InnerPulse garde toutes les données localement. Pas de compte, pas de tracking, pas de cloud que vous n'avez pas initié.
Si vous utilisez une autre app, vérifiez d'abord cette question, avant tout le reste.
Ce que vous avez après 90 jours
Trois mois de suivi vous donnent :
- Un profil d'humeur stable avec composantes saisonnières
- Des corrélations claires avec au moins trois facteurs
- Trois à cinq micro-expériences avec résultats
- Une liste de déclencheurs et boosters personnels
C'est plus de connaissance de soi que la plupart des gens en accumulent en années de réflexion. Pas parce que vous êtes plus intelligent, mais parce que vous avez des données.
Quantified Self est outil, pas style de vie
Un dernier rappel. Quantified Self est un outil pour mieux vous comprendre, pas une identité à suivre. Si le suivi devient lui-même une charge, faites une pause. S'il ne montre plus rien de nouveau, changez la question.
Les données vous servent, vous ne servez pas les données.
Pour aller plus loin
- Tenir un journal d'humeur : le guide complet est la mise en pratique.
- Reconnaître les schémas dans votre humeur est le côté analyse.
- 90 jours de suivi d'humeur : un retour d'expérience montre ce qui se passe concrètement après trois mois.
- Pourquoi les streaks nuisent en cas de dépression est un avertissement important contre la gamification mal comprise.
- RCT auto-suivi smartphone : Faurholt-Jepsen et al. (2015)
- Auto-suivi en TCC : Kauer et al. (2012)